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Publié le par Hélène Bour,  en collaboration avec Rachel Halimi (Sage-femme)

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On pense souvent qu’allaiter empêche d’avoir ses règles car cela met en pause le cycle menstruel.

Ça n’est pas tout à fait vrai, comme souvent, c’est plus compliqué que cela.

Mieux vaut savoir vraiment ce qu’il en est pour s’y préparer convenablement.

Explications avec l’expertise de la sage-femme Rachel Halimi

L’essentiel

– L’allaitement exclusif peut retarder le retour des règles, mais il ne garantit pas une absence totale de menstruations ni une contraception fiable. Certaines femmes voient leurs règles revenir dès 6 à 8 semaines après l’accouchement.

– Il est possible d’ovuler sans avoir eu ses règles, donc de tomber enceinte même en allaitant. Une contraception adaptée est donc recommandée si une grossesse n’est pas souhaitée.

– Lors des règles, une légère baisse de lactation peut survenir. Des astuces existent pour maintenir la production de lait (tétées fréquentes, alimentation galactogène, tirage du lait, etc.).

Ce sont des questions qu’il vaut mieux se poser en amont de l’accouchement, et pas une fois que bébé est là, au sein.

Mais attention : l’idée selon laquelle l’allaitement maternel exclusif qui succède immédiatement à l’accouchement serait contraceptif est une idée reçue. En réalité, c’est bien plus complexe.

Est-il possible d’avoir ses règles en allaitant ?

 

« Normalement, quand on allaite exclusivement, on n’a théoriquement pas de règles, pas dans les six premiers mois généralement », indique Rachel Halimi, sage-femme. « Cependant, comme le rythme des tétées peut être fluctuant, notamment la nuit, le cycle menstruel peut redémarrer, et les règles revenir », prévient-elle, parfois même reviennent-elles au bout de six à huit semaines après l’accouchement, malgré un allaitement exclusif. « C’est rare, mais pas impossible », ajoute la spécialiste.

 

En effet, en théorie, la prolactine, qui est l’hormone de l’allaitement par excellence, lorsqu’elle est présente en quantité suffisante, bloque l’ovulation. Toutefois, la fréquence de l’allaitement (nombre de tétées par 24 heures et espacement entre les tétées), l’âge du bébé et les propres niveaux hormonaux d’une femme peuvent influer sur cet effet contraceptif de la prolactine. Ce qui peut engendrer un retour de couches, avec cela dit bien souvent des règles qui vont être irrégulières.

Beaucoup de femmes voient ainsi leur retour de couches arriver lorsque la fréquence des tétées diminue, notamment la nuit, lorsqu’elles passent d’un allaitement exclusif à un allaitement mixte, ou au début de la diversification alimentaire, ou même lors du sevrage, qui coïncide parfois avec le retour au travail.

Pour autant, le retour de couches n’empêche pas de continuer à allaiter, si on le souhaite. Comme on va le voir plus bas, les règles peuvent engendrer une légère baisse de lactation, mais celle-ci n’est pas insurmontable.

 

Quand les règles reviennent-elles pendant l’allaitement ?

 

Si la femme n’allaite pas, le retour de couches (qu’il faut bien différencier des lochies post-accouchement) intervient dans les trois mois après l’accouchement. Mais l’allaitement, a fortiori s’il est exclusif et si les tétées sont fréquentes, va venir retarder ce retour de couches, parfois jusqu’à l’arrêt complet de l’allaitement (ou sevrage). Il est difficile de prévoir ce qu’il adviendra, car chaque femme est différente. C’est pourquoi il vaut mieux prévoir une méthode de contraception efficace et fiable si l’on souhaite reprendre une sexualité pénétrative et que l’on ne souhaite pas retomber enceinte de suite. Par ailleurs, il est possible d’ovuler sans avoir eu ses règles, tout comme avoir ses règles ne veut pas nécessairement dire avoir ovulé dix à quinze jours avant.

 À noter qu’une fois l’allaitement terminé, les règles (ou retour de couches) surviennent dans un délai différent selon chaque femme en fonction notamment de la durée de l’allaitement, du sevrage progressif ou non, etc.

 

 Les règles diminuent-elles la lactation ?

 Certaines femmes font état d’une légère baisse de la production de lait lorsqu’elles ont leurs règles, quand d’autres ne constatent pas cela. Il est possible que les hormones présentes à ce moment du cycle, ainsi que la fatigue que génèrent les règles, jouent sur la production de lait.

 

Si celle baisse de lactation complique l’allaitement, par exemple si le débit diminue et embête le bébé, il est possible de mettre des choses en place pour patienter jusqu’à ce que cette baisse temporaire disparaisse : compresser le sein pour aider à l’écoulement du lait, alterner davantage les deux seins, proposer le sein plus souvent, prendre des aliments galactogènes (fenugrec etc.), compléter avec des aliments solides si bébé est déjà diversifié, stimuler sa lactation en tirant son lait (power pumping) etc. Si cette difficulté persiste, il peut être bon de consulter une sage-femme ou une consultante en lactation (IBCLC) pour des astuces plus adaptées à son cas personnel et à son projet d’allaitement.

 

Peut-on tomber enceinte en allaitant ?

 

On l’a vu, il est possible d’ovuler tout en allaitant, l’allaitement ne suffisant pas toujours à bloquer l’ovulation et le déroulé du cycle menstruel. Cela dit, c’est très variable d’une femme à l’autre et dépend de nombreux facteurs (fréquence des tétées, niveaux hormonaux, stress etc.).

Aussi, si l’on ne souhaite pas retomber enceinte de suite (on parle souvent de « bébé retour de couches »), il est conseillé d’opter pour une méthode de contraception efficace. L’utilisation d’hormones (pilule contraceptive) n’est pour autant pas obligatoire : le port du préservatif peut très bien convenir, et constitue une méthode mécanique très efficace. Si l’on préfère la pilule, une pilule microprogestative peut être prescrite dès la sortie de la maternité ou lors des visites post-natales. Pour la pose d’un dispositif intra-utérin (DIU ou stérilet, au cuivre ou hormonal), il faudra cependant patienter, le temps que l’utérus reprenne sa taille initiale, d’avant grossesse.

 

La méthode MAMA, une méthode pas tout à fait infaillible

 

C’est une méthode qui repose précisément sur le fait qu’en théorie, l’allaitement exclusif et régulier est contraceptif. La méthode MAMA, méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée, est donc un moyen de contraception naturel, sans ajout d’hormones. Il s’agit d’orchestrer les tétées de façon à maintenir un taux de prolactine suffisant pour inhiber l’ovulation, avec au moins six tétées par 24 heures, espacées d’au moins une heure. On le devine au vu de ce qui a été dit plus haut, c’est une méthode qui demande donc une certaine rigueur, mais aussi une certaine souplesse dans son efficacité : il est possible que malgré tous ses efforts, une jeune maman voit arriver son retour de couches alors qu’elle allaitait régulièrement son bébé. Aussi faut-il être prête à retomber enceinte, ou, à défaut, à recourir à une interruption volontaire de grossesse en cas d’échec de cette méthode contraceptive. Le taux d’efficacité théorique de cette méthode contraceptive est élevé, autrement dit, si elle est appliquée à la lettre (ce qui nécessite rigueur et charge mentale), elle est efficace à 99,1 %. En revanche, son efficacité pratique, en conditions réelles, tombe à 98 % : deux femmes sur 100 ayant adopté cette méthode contraceptive pendant 1 an ont été enceintes dans l’année (Source Inserm). À noter que la méthode MAMA peut être combinée avec d’autres méthodes contraceptives, telles que l’observation de la glaire cervicale ou l’utilisation du préservatif, ce qui augmente son efficacité.